La fourrure revient sur le devant des magazines de mode et des boutiques. Il s'agit pourtant d'une industrie qui n'a rien d'élégant.
Bien-être bafouéLes fermes à fourrure dans lesquels les visions, chinchillas et autres renards sont entassés ne répondent pas aux normes minimum du bien-être animal ainsi que l'a démontré un rapport de la Commission européenne. Les conditions dans lesquelles la mort est infligée sont indignes.
Pièges mutilantsDe surcroît, des animaux continuent d'être prélevés dans la nature pour finir en manteaux. Le piégeage, méthode particulièrement mutilante, est toujours pratiqué au Canada ou en Russie.
La liste des animaux concernés est très large. Elle émane des trappeurs, eux-mêmes. La société de la faune et des parcs Québec publie ainsi le résultat des ventes de fourrures d'animaux sauvages entre le 1er janvier 2001 et le 30 août 2002 : Belettes (14 047), Castors (69 023), Coyotes, (4 285), Écureuils (5 394), Loups (353), Loutres (4 438), Lynx du Canada (3 579), Martre d'Amérique (39 497), Moufette rayée (132), Ours noirs (1 531), Ours polaires (23), Pékans (7 383), Rats musqués (70 118), Ratons Laveurs (13 645), Renards argentés (86), Renards arctiques (26), Renards croisés (591), Renards roux (18 434), Visons (9 573).
AutomutilationQue se passe-t-il pour l'animal piégé par la patte ? Certains arrivent à se délivrer en se rongeant la patte et survivent. D'autres se mutilent également et meurent un peu plus loin en raison de l'hémorragie. Une étude américaine a montré que
27 % des visons, 24 % des ratons-laveurs et 26 % des renards s'auto-mutilaient. Par ailleurs, des autopsies menées sur des renards arctiques ont permis de retrouver dans leurs estomac des morceaux de leur propre corps : des parties de pattes, des griffes, des bouts d'os et surtout de dents car elles éclatent très souvent sur le métal lors des tentatives de libération.
Les trois-quart des animaux meurent donc prisonniers du piège. Mais pas de façon rapide. Ils meurent de faim ou de soif, dévorés par un autre animal sauvage. Ils ne sont tués par les trappeurs que si ces derniers ne tardent pas trop.
AgonieIl ne faut pas en conclure que les autres pièges soient plus doux. Des expériences ont montré que même un piège qui broie sous l'eau (à mâchoires aussi, mais également les modèles dits "en X" ou "livres de messe") ne réussit pas à supprimer l'agonie : pour les visons, la perte de conscience prend en moyenne, deux minutes trente, et entre trois et quatre minutes pour un rat musqué. Les castors se débattent pendant neuf minutes et demi, leur cerveau fonctionne bien plus longtemps et les battements de c½ur ne s'arrêtent qu'au bout de 15 minutes, toujours en moyenne.
Les MOTS pour le direCe lexique est directement inspiré d'un travail qui a été réalisé, il y a quelques années, par une célèbre militante suisse, Jeanne Marchig, présidente de la Fédération Européenne pour la Nature et les Animaux.
Animaux à fourrure : prélevés dans la nature, il s'agit de lynx, coyotes, martres, visons sauvages, renards, renards polaires, loups, hermines, opossums, loutres, rats musqués, ragondins, écureuils et de bien d'autres encore. Quand ils proviennent d'élevages, ce sont surtout des renards et des visons.
Piège à collet : il attrape l'animal par le cou avec un lacet métallique pour l'étrangler, le soulevant parfois du sol en même temps. La mort est rarement immédiate : l'animal peut mettre plusieurs heures ou plusieurs jours à mourir.
Piège noyeur : il est placé au fond de l'eau pour attraper loutres, castors et rats musqués. La mort n'intervient qu'au bout d'un délai lié à la réserve d'air de l'animal : par exemple un castor peut mettre 20 minutes avant de mourir noyé.
Déchet ou "trash" : mot utilisé par les trappeurs pour désigner l'animal indésirable. Pour un animal dont la peau est utilisable, deux autres se prennent accidentellement dans le piège. Ce sont des oiseaux, porcs-épics, animaux domestiques, lièvres, etc.
Piège à mâchoires : le préféré des trappeurs. Dissimulé dans la neige ou sous un peu de terre ou de feuilles mortes, ses deux mâchoires d'acier se referment sur la patte, le museau ou l'abdomen de l'animal qui se débat et agonise pendant des heures, voire des jours. Que les mâchoires soient avec de vraies dents ou caoutchoutées ne change pas énormément de choses à la douleur ou à la panique de l'animal prisonnier.
Amputation ou "Wring off": l'animal s'ampute la patte prisonnière pour s'échapper, et tente encore plus de le faire si c'est une femelle qui a des jeunes à nourrir. Des études précises sur plusieurs espèces ont montré que c'est en moyenne le cas pour un sur quatre ! Souvent, on a observé aussi des morceaux de dents aux alentours ou dans l'estomac de l'animal car elles éclatent contre l'acier quand il tente de se libérer.
Élevage en batterie : les animaux d'origine sauvage sont confinés dans de minuscules cages en fil de fer grillagé.
Électrocution : introduction d'électrodes dans la gueule et l'anus de l'animal. Souvent effectuée par des "amateurs", elle provoque la paralysie et une extrême douleur car le c½ur est placé entre les deux électrodes, mais pas le cerveau.
Gazage : principalement au moyen de monoxide ou de dioxide de carbone, il provoque de terribles souffrances avant que l'animal ne suffoque.
Nombre d'animaux par manteau :12 à 15 lynx / 10 à 15 loups ou coyotes / 15 à 20 renards / 60 à 80 visons / 27 à 30 ragondins / 10 à 15 castors / 60 à 100 écureuils.
Indigènes : On dit parfois qu'il faut laisser subsister le piégeage pour ne pas faire disparaître certaines communautés amérindiennes ou Inuit. Mais en fait, très peu de trappeurs sont indigènes. Ces derniers ne fournissent que 1% des fourrures vendues sur le marché de l'Amérique du Nord.
Extinction : plusieurs espèces ont déjà été menées au bord de l'extinction par le commerce de la fourrure, notamment les grands félins tachetés (à noter qu'ils sont théoriquement tous protégés désormais). Mais d'autres sont menacées à brève échéance.
Cols et garnitures diverses : Cinq millions d'animaux (2,3 millions de visons et 2,7 millions de renards, essentiellement d'élevage) se retrouvent dispersés sur des rebords de capuches ou de gants.
La fourrure de chiens et chats : un marché mondial
Nombreux sont ceux qui savent que l'on mange du chien et du chat en Asie. Mais ils ignorent que leurs peaux et fourrures arrivent en Occident. Les enquêtes en Chine et en Thaïlande, effectuées par le cinéaste allemand Manfred Karremann et Rick Swain, le directeur du département "investigations" de HSUS (Humane Society of the United States – une association américaine de presque 3 millions de membres avec laquelle One Voice collabore au sein d'une coalition internationale, la Fur Free Alliance – Alliance contre la fourrure) ont révélé un terrible scandale.Suspendus à des crochetsLes enquêteurs ont visité une ferme de chiens au nord de Harbin (Mandchourie). En dépit du froid vif de février,
la pièce n'était pas chauffée et les chiens attendaient entourés des cadavres de leurs compagnons, suspendus à des crochets. Parfois ils subissaient plusieurs heures de route dans des sacs jusqu'à Harbin. Là, dans le sombre hangar d'une boucherie, sans eau ni nourriture, ils étaient attachés par de courtes chaînes ou pire : avec un mince fil de fer.
Le boucher en tuait 10 à 12 par jour, vendant la viande d'un côté et la fourrure de l'autre.
Fils métalliquesPour certains, le supplice se prolongeait encore un peu, des restaurants – notamment coréens – commandant les chiens vivants pour avoir de la viande plus fraîche. Dans l'un d'eux, un enquêteur a vu un chien, tiré hors du sac, agiter la queue – confiant et content. Mais quand le boucher l'a immobilisé avec du fil de fer, il a paniqué et tenté de s'échapper. Écartant la patte arrière gauche, le boucher l'a poignardé à l'aine. Commençant à saigner à mort, il a hurlé et s'est débattu, mais le fil métallique cisaillait son cou.
Quelques minutes plus tard, le boucher a arraché sa fourrure, sous le regard des autres chiens en train d'attendre sur le sol glacé.Dépecés vivantsSignalons que plusieurs chiens ont été observés encore vivants lors du dépeçage– une vidéo montre même un berger allemand clignant des yeux... C'est d'ailleurs la race la plus appréciée pour sa fourrure : les "gris" se vendent un peu plus cher que les "jaunes" et on fait même passer leur fourrure pour celle du renard ou du raton laveur asiatique.Surtout pour les petits parements, il est facile de les confondre avec un coyote ou diverses autres espèces utilisées pour les garnitures de vêtements. Les jeunes et les chiots ne sont pas épargnés non plus. Il arrive aussi que les chiens errants soient " gérés " de façon très brutale, puis recyclés.
PendaisonsSeuls les chats à poil long sont vraiment considérés comme des animaux domestiques en Chine. Ceux à poil ras sont élevés et tués, surtout les gris et les roux. Dans des provinces septentrionales comme celle du Hebei, des élevages se sont développés. Mais aussi un marché de peaux – le commerce se fait dans la rue avec celles des chiens, lapins et renards, également exposées. Et surtout une autre usine spécialisée s'est ouverte là, assurant l'abattage et la transformation.
Les chats sont généralement tués par deux méthodes qui – c'est classique – évitent d'abîmer la fourrure :
la pendaison ou en les suspendant par un fil de fer et en leur enfonçant un tuyau d'arrosage dans la gorge jusqu'à ce qu'ils se noient. Ensuite, on fend le chat au niveau de l'estomac, on écarte la peau et on arrache la fourrure en terminant par la tête. Des ouvriers ont précisé que certains chats sont encore vivants après avoir été dépecés. Puis les fourrures sont triées par couleur...Connections européennesUne partie du commerce se fait en Asie, mais les fourrures, brutes ou déjà transformées en vêtements, sont vendues un peu partout en Occident.
L'Europe en absorbe une large part en exportation directe, y compris par des ventes aux enchères, notamment en Allemagne. Les fourreurs qui achètent viennent par exemple de Belgique, du Royaume-Uni, d'Italie, ou d'Espagne – ou d'Allemagne même.
Une firme germanique spécialisée en peaux et fourrures de chats les fait transformer en Grèce et les revend un peu partout sous forme de gants, pompons et autres accessoires. Depuis le début de la décennie, l'Italie utilise beaucoup de fourrures de chiens pour les parements et l'isolation des chaussures et bottes, de ski notamment. Quant à la France, directement ou non, elle n'est pas épargnée. Une société achète des "planches" (plusieurs fourrures cousues ensemble) de chiens par milliers. Surtout dans les Alpes, il existe des vestes en chien, mais les acheteurs ne le réalisent pas.
Par centaines de milliersDes centaines de milliers de chiens et de chats sont massacrés chaque année pour ce sordide commerce. Une firme chinoise a déclaré aux investigateurs qu'elle disposait de
50 000 peaux de chiens et autant de chats. Une autre avait
100 000 fourrures de chats en stock. Des documents sur les exportations d'une société pékinoise révèlent qu'
une seule livraison peut représenter entre 40000 et 55000 peaux de chats, voire plus. Lors d'une vente aux enchères en Allemagne, 10 000 fourrures de chiens de Corée étaient disponibles. Un envoi chinois vers l'Italie a été saisi pour absence d'autorisation : il consistait en 4,7 tonnes de peaux de chiens. Une autre firme chinoise vend environ 10000 manteaux de chiens et de chats à la Russie par an. Et sur une seule photo, on peut voir 22 cartons destinés à ce marché contenant la fourrure de plus de 3600 chiens. Chaque saison, d'octobre à février, des spécialistes estiment que la Chine tue un demi-million de chats pour la fourrure.
Prix cassésLes prix sont très bas, ce qui explique que les gens croient parfois acheter de la fausse fourrure, surtout quand il s'agit d'un col ou d'un rebord de capuche. Dans une enchère en Allemagne, une fourrure de "chien coréen" – en fait du berger allemand – a atteint 9 dollars (à peu près l'équivalent en euros). Dans une usine-abattoir, une fourrure de chat valait l'équivalent de cinquante centimes d'euro et environ deux euros à Pékin. Une compagnie chinoise proposait, pour l'exportation, des fourrures de chats orange et gris tigrés classiques à environ 2,5 euros. Une "planche" cousue de 6 à 8 chats, c'est 21 dollars. On peut aussi trouver des "planches" de qualité inférieure, faites avec les fourrures de 36 têtes de chats pour 14 euros !
Ce que vous pouvez faire• Si vous pensez voir dans un magasin un vêtement en peau de chien ou de chat, relevez discrètement la marque du vêtement, l'inscription sur l'étiquette et l'adresse du magasin où il est vendu. Puis, une fois ces informations recueillies, vous pouvez demander aux vendeurs où a été fabriqué le vêtement. Obtenir le lieu précis de fabrication est très utile, surtout si c'est en France. Il est important de ne jamais faire aucun commentaire négatif, même après avoir obtenu les informations que vous enverrez à One Voice par courrier. Les vendeurs ne doivent pas savoir pourquoi vous vous êtes renseigné.
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Ne l'oubliez pas, les peaux ne sont pas seulement destinées aux vêtements : certains petits objets ou jouets fabriqués à bas prix en Asie en ont et ce peut être aussi du chien ou du chat.
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Vous devez absolument éviter les os et bâtonnets "à mâcher" pour animaux familiers, originaires de Chine ou de Thaïlande: ils peuvent contenir des peaux d'autres animaux, surtout des chiens puisqu'on en tue environ 30 000 par mois dans le nord-est de la Thaïlande – souvent des chiots.• Vraie-fausse fourrure
Il existe une tromperie selon laquelle les cols de parka sont prétendument en fausse fourrure alors que c'est bien de la vraie – des gens sincères se sont faits rouler !
"Peaux de loups"
En France, il y a aussi parfois des ventes de "peaux de loups" à 75 ou 100 euros, pour faire des descentes de lit ou des couvertures "exotico-sauvages", tout le monde ne pouvant s'offrir une peau d'ours ou de lion. Si c'était vraiment du loup, ce serait interdit, mais il s'agit la plupart du temps de berger allemand... et pas forcément chinois.
• Le cuir aussi
On dit parfois que le cuir, c'est de la fourrure rasée ; en voici une illustration. Dans un animal, on peut tout vendre, et donc des peaux de chiens et de chats peuvent aussi se retrouver dans les produits suivants : tambours et instruments de musique, sacs à main et petits articles de cuir (y compris de sport), gants de golf et de jardin, produits "médicinaux" et orthopédiques, peausserie de voiture. Il est également impossible de le savoir en regardant une éventuelle étiquette. Le cuir de chat, lui, vient des Philippines – un seul abattoir situé à Mindanao peut tuer cent chats dans la journée.